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jeudi 28 janvier 2016

Caïd Essebsi : le discours de crise déchiffré


8 minutes pour convaincre. 8 minutes pour faire dévier le train de la contestation. 8 minutes pour faire face à la plus grande crise sociale de son mandat. 8 minutes enregistrées au palais de Carthage. C'est dans un format volontairement court que le p-résident de la République Beji Abu Hafedh Essebsi a choisi de s'exprimer. 










Pour être franc, j'aurais préféré regarder la 32ème rediffusion de Nsibti Laaziza. Au lieu de ça, j'ai ressorti mon cerveau du fond du congélateur, rien que pour ton bonheur politique ô toi lecteur !

"El Beji n'a rien dit dans son discours!"-- "un discours vide!" --"bouhouuu bajboujiii tu nous as trahi!". Les avis de mes amis facebook sont unanimes: le discours du Président n'a pas convaincu. Et bien non ! Je ne suis pas d'accord avec mes amis facebook. Le discours a parfaitement servi la stratégie de communication de crise choisie par le staff communication de la présidence : le projet latéral. 

Heu, oui, d'accord, mais c'est quoi le "projet latéral" Docteur ? Bravo ! Bonne question ! JEevois que tu me suis attentivement et j'adore quand tu me poses des questions aussi intelligentes ô toi lecteur.  (toujours caresser le lecteur dans le sens de l'intellect)




Pour faire simple, le projet latéral est l'une des 4 stratégies de communication de crise. Elle se déploie en 4 mouvements parfaitement exécutés par la présidence. 


Mambo number one : la communication doit s'effacer



C'est ce qui explique le délais de quatre jours entre l'embrasement de Kasserine et le discours livré le 22 janvier. 
C'est ce qui explique également le choix du timing de diffusion du discours : 19h10 en access prime time, une plage horaire qui n'attire pas le maximum de téléspectateurs. Logiquement, traditionnellement et rationnellement les discours sont toujours programmés en prime time, vers 21h00 pour maximiser l'audience. Étonnant non ? Pas du tout ! Je te rappelle que la communication doit se faire discrète. 

Mambo number two : L'énonciateur doit contre-attaquer 



Là, ça pioche large, et dans l'ordre sont visés : Hamma Hammami et son front populaire, Hezb Ettahrir et Moncef Marzouki. Tous dans le même sac et tous coupables. Oui coupables mais sans êtres nommés pour ne pas tomber sous la coupe de la justice pour diffamation. Or, désigner un ennemi sans le nommer et menacer sans agir, était une maladresse. L'Homme fort agit, l'homme faible menace.

Mambo number three : Externaliser la responsabilité : Les responsables ? C'est pas nous ! 

Les déclarations étaient dans ce sens claires : "Le gouvernement a trouvé une situation difficile" ou encore "Les manifestants sontau chômage depuis 5 ans". Concrètement, il faut en vouloir à la troika.

Mambo number four : Cela aurait été pire sans nous !

J'ai dis que les quartes mouvements avaient étaient parfaitement exécutés ? Honte à moi ! Les plumes du palais ont oublié le quatrième mouvement.

Mais pourquoi ça ne fonctionne pas ? 


Bien, bien. Hum, hum. Nous venons de le constater, ce discours est une parfaite exécution du projet latéral. Mais pourquoi diable n'a-t-il pas convaincu mes copains sur facebook ?

a-Parce que mes copains sur facebook sont tous verseaux ascendants sagittaires ?

b-Parce que Kafon est un traître


c-Parce que le discours n'était pas adressé à mes amis facebook

And the winner is (roulement de tambours) : parce que le discours de Si El Beji ne visait pas – en priorité – le grand public.

In facto et ad subliminum, le discours ciblait dans le désordre et sans priorité quatre publics différents  :

Les sécuritaires 

Si, Sofiane Bousilmi, le policier mort à Kasserine durant les manifestations a été clairement nommé lorsque le Présiden tprésente ses condoléances à la police et à la famille de cedernier, le manifestant mort Ridha Yahyaoui est presque rendu anonymedans le discours. Il est dilué dans dans la foule par l'expression « le jeune Yahyaoui ».


L'autre message aussi intriguant qu'important était les remerciements exclusifs. Le Président n'a pas remercié tout le corps sécuritaire, ni les policiers et les militaires sur le terrain directement confrontés au danger. Bien au contraire, il a remercié ledirecteurs et les officiers de la police et de l'armée.


Et là, j'avoue, j'ai donné ma langue au chat. Et ce chat s'appelle Sofiane Ben Hamida. C'est lui qui m'a éclairé sur ce point lors de mon intervention sur Express FM au studio de mon super copain Mehdi Kattou. La Présidence avait demandé aux sécuritaires de ne pas tirer à balles réelles et de limiter l'usage de violence. Et c'est les directeurs et les officiers qui ont dû faire avaler la pilule aux agents de terrains. Ça mérite bien un bisou présidentiel non ?



Les contestataires 

Il s'est montré empathique avec des déclarations du type : « On ne peut pas demander à une personne affamée d'attendre encore »


Tout en déplaçant les responsabilités sur les gouvernements post 14 janvier 2011 pour se dédouaner de toute responsabilité.


Côté solution, c'est là que le discours blesse avec une énonciation sans arguments sur le fond, très floue dans la langue et on ne peut plus hésitant dans l'intonation de voix : « j'ai demandé au gouvernement de faire baisser le taux de chômage avec un financement que nous extirperons d'un autre carde ». Sérieux ? Toi lecteur, tu as compris ce qu'il voulait dire ?



Le grand public 

Le grand public était une cible secondaire dans ce discours. Le grand public, comme dans toute situation de crise, est divisé en 3 catégories : les pro-manifestants, les anti-manifestants et enfin, les « j'en ai vraiment rien à foutre de tout ça». L'enjeu pour la présidence est de convertir un maximum de citoyens en anti-manifestants. Et là, quelle moteur plus efficace que la peur ? « La Tunisie est visée dans sa sécurité et sa stabilité » « Daesh est en train de profiter de la situation »



La communauté internationale et les bailleurs de fonds de la Tunisie 




Un autre Monde possible ?

Parmi les choix possibles en communication de crise, le projet latéral était le choix le plus risqué. Il peut se révéler catastrophique si le gouvernement ne présente pas de preuves tangibles des solutions proposées.

Sans jouer au Kerim Sait Tout, la stratégie de reconnaissance ou de rupture aurait été le meilleur choix dans le meilleur des Mondes.Mais c'est quoi la stratégie de rupture Docteur ? Ne vous inquiétez pas, ça ne saurai tarder...



mardi 1 juillet 2014

Tunisie : décryptage des images politiques de la semaine #2



"La mémoire ne stocke que les mots, les airs et les images, pas leur lien avec le présent."

Les pas perdus — Gilles Jacob 




IMAGE 1 : MC Nejib et DJ Chebbi





Date  : 24 juin 2014
Lieu : Congrès du Parti Ouvrier Tunisien (POT anciennement POCT)

Aller, disons les choses comme elles sont : Nejib Chebbi, le big boss du parti Al Jomhouri (ex-PDP), n'est pas un bon communicateur politique. Ses discours et ses interventions médiatiques sont souvent monotones et ennuyeuses. Pourquoi ? D'abord, il utilise exclusivement l'arabe littéraire alors que si on veut être compris par un peuple, il faut commencer par lui parler dans la langue qu'il comprend : edderja. 

Puis, son débit (c'est-à-dire le nombre de mot prononcés par minute) est lent. Un bon débit se situe vers les 140 -150 mots/minute. Chebbi est souvent dans les 100-120 mots/minutes. Ce qui a pour effet de lasser l'auditeur. Plusieurs autres défauts de communication mais nous y reviendrons dans les prochaines chroniques.

Cette semaine, Chebbi semble ajuster sa communication sur le discours. Et le résultat est réellement intéressant. Pourquoi ?
D'abord, il utilise edderja. Mais ça ne s'arrête pas là : il utilise un soundbites, c'est-à-dire un expression courte et accrocheuse "Ma innajmch ninsa" qu'il répète dans des moments précis pour créer un un rythme. Si bien, que son discours devient presque du Rap. 
Je me suis amusé à monter le discours de Chebbi sur le rap de Still Dre de Dr. Dre pour illustrer la rythmicité du discours. Enjoy, la musique démarre à la seconde 0:20.



IMAGE 2 : Indiana Essebsi : le bon coup de com. de Nidaa

source photo : Tunisie Numérique


Lieu : Nouakchott
Date  : 21 juin 2014

C'est un bon coup de com. politique pour Nidaa cette semaine. Cette photo porte un message électoral précis. Aller, voilà les dessous de l'affaire :
Selon les dernières études qualitatives, les citoyens tunisiens veulent que le prochain président soit :
Intelligent, fort, rassurant, intègre et — tenez-vous bien — il ne doit pas mêler pas sa famille et affaires d'Etat. Nous appellerons ça "le syndrome Trablesi". En sommes, un HOMME D'ACTION.

Et justement, cette photo communiqué à la presse montre BCE en homme d'action pour plusieurs raisons:

  • D'abord, la composition  : sur la photo ainsi cadrée BCE semble être le sujet central, donc le plus important  dans la composition. Il est également le sujet le plus en avant. Symboliquement c'est le meneur qui est suivi par ses troupes.


  • Ensuite, le look : on ne manquera pas de remarquer que BCE est habillé en casquette et en gilet. Un code  vestimentaire habituellement réservé aux hommes de terrain et d'action : humanitaires, reporters de guerre, chasseurs.
  • Enfin, le contexte :  La Mauritanie n'est pas la Suisse. C'est un pays dangereux qui est classé par les chancelleries occidentales comme l'un des pays à risque comme le Mali et le Nigeria. Le fait que BCE y supervise les élections lui donne une double légitimité : celle d'un homme d'Etat et celle d'un homme qui n'a pas peur du terrorisme pseudo-djihadiste tellement craint et répugné par une grande partie de l'électoral Nidaa Tounes à mon sens. 


IMAGE 3 : Marzouki hors-champ : la réponse du berger à la bergère

source : Masr al yawm


Date  : 26/ 27 juin 2014
Lieu  : Sommet africain de Malabo

Cette photo nous révèle la délégation égyptienne menée par le président A.F Sissi, filant comme un train. Rien de particulier jusque-là. Mais ce qui nous intéresse ici c'est ce qui se trouve hors-champ. Et c'est justement, notre président provisoire Marzouki le magnifique qui vient de se prendre un vent. Sissi fait mine d'ignorer Marzouki qui se trouvait sur sa trajectoire pour lui signifier son dédain. Pourquoi Sissi en veut-il donc à Marzouki ?
La réponse à ce mystère nous renvoi 24h plus tôt dans la salle de conférence de Sipopo, où se tenait la cérémonie d’ouverture du 23e Sommet des chefs d’États et de gouvernements de l’Union Africaine. 
Alors le président égyptien Abdelfattah Sissi donnait son discours Marzouki, le magnifique s'est fait remarquer en feuilletant des papiers durant tout le discours. Les caméra de télévision, ne l'a pas loupé et la diplomatie égyptienne non plus.


Marzouki durant le discours de Sissi








IMAGE 4 : Socrate, par delà les slogans 





source photo : Business News
Lieu : el Kef
Date  : 24 juin 2014

La quatrième image politique de la semaine est sans doute celle-ci. Elle nous révèle le monument à la mémoire de Socrate Cherni (lieutenant de la Garde nationale, tué par des terroristes à Sidi Ali Benaoun) vandalisé par des sympathisants de l'organisation terroriste Al Qaida et de Da3ech (l’État islamique en Irak et au Levant).

Si les slogans semblent être le point d'ancrage les plus relevé par les observateurs, il y a un autre point bien plus important à relevé : le drapeau tunisien noirci par la peinture. Ici, en couvrant de noir le premier symbole de la République,  les vandales ont voulu signifié  leur négation de la Tunisie en tant qu'Etat-nation, et en tant que civilisation unique pour marquer leur allégeance à une forme d'organisation trans-territoriale.


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