lundi 13 octobre 2014

Confessions politiques d’un connard cynique

Alors que la plupart de mes concitoyens boudent la politique, les loups édentés qui surpayent leur bière dans les bars à ptit’cons de la banlieue, comme les agneaux voraces qui diluent leur café allongé dans les attroupements à chômeurs du centre-ville. Moi, anarchiste non pratiquant, tel un con-citoyen terriblement concerné, je prépare mon passage du célibat provisoire à la démocratie légitime. A la demande impérative de notre patrie qui, elle-même, me demande la main. Je joue le jeu : je vais voter.

Quelque part entre dimanche et lundi, après une poussée de fièvre nocturne, je rêve soudain d’avoir Mostfa Ben Jaafar pour grand-mère et Mehrzia Laabidi pour grand-père. Mémé et Pépé me bercent “nanni nanni y'a dostour, bouk Ennahdha wou Ommok tartour“. Je pose la tête sur les genoux de Mémé, et je pleurniche : “Dis-moi, mamie, pourquoi j’ai l’impression que la vie c’est plus compliqué qu’avant ? Pourquoi il faut que je choisisse un parti pour la vie ?”

Tout ça pour te dire, mon cher lecteur : je suis comme toi! Tu es passé de l’automne de la dictature au printemps arabe, du printemps arabe à l’hiver bougnoule, de la révolution du jasmin à la guerre des poubelles et tu angoisses pour demain. De la brune 100 % dégradable, de la blonde botoxée, de l’idéaliste à lunettes, avec ou sans voiture motorisée, tu ne seras pas déçu du voyage. Cette semaine, je vais choisir l’élue. Je vais sortir, flirter, embrasser et déshabiller toutes les politiques et choisir celle à qui je mettrai le bulletin dans l'urne avec pour témoins d'honneur Atide et Mouraqiboune.

Lundi, alors que soixante-douze spécialistes en économie s’agitent autour des programmes électoraux pour nous dire que tout ça c’est de la merde, je me prépare. Je vole une poule de taille moyenne dans le jardin de mon connard de voisin, je l’emballe dans le papier cellophane — tel un bouquet de roses piranhas — et je file à mon mon premier rancard. Lundi, je vois mademoiselle Nahdha. Randa’vtha au zoo du belvédère. Entre la cage du singe Raouf et l’enclos de Bachkouta la cochonne. Ponctuelle comme un compte en Suisse, elle arrive à l'heure. Je l’invite à s’assoir sur l’herbe. Toi d’abord ! Elle insiste. L’homme c’est l’homme, dit-elle soumise comme un chien à qui l’on caresse le ventre dans le sens du voile.

Elle se raconte sans retenue : elle, elle me jure qu’elle est vierge, elle me dit qu’elle a peur de dieu. Elle me raconte qu’elle prie 12 fois par jour qu’elle a été 17 fois au haj. Elle  promet d’être fidèle et loyale, de me cuisiner trois repas chauds par jour. Elle promet de repasser mes chemises même celles qui sont déjà repassées. Elle promet de plier mes chaussettes trouées et de recoudre mes slips kangourou . Elle promet de me lécher les pieds et de me récurer le nez avec ses orteils. Elle promet aussi de m’emmener en Turquie chez sa mère maquerelle pour notre voyage de noces. Moi, moi je suis pesé et emballé. C’est la femme de ma vie ! Sans plus attendre, je la prends dans les bras et je l’embrasse comme yajouz, c’est-à-dire, à pleine langue bi-turbo. Et c’est là que le train de l’amour percute un gout d’inattendu. Sa gueule pue le pétrodollar. Je la regarde droit dans les yeux, elle me jure qu’elle n’a jamais embrassé personne avant moi. J’insiste, elle persiste. J’accuse, elle cède. Elle m’avoue l'inavouable évidence : c’est une nymphomane. 

C’est plus fort qu’elle, elle s’offre au premier touriste qatari et au dernier visiteur américain qui lui file quelques dollars. C’est plus fort qu’elle ! Elle a même remplacé les dents tombées à force de tailler des pipes à tout ce qui possède un porte-monnaie avec des dents en titanium blanc. Je finis par comprendre. Au fond, elle me fait de la peine. Elle, elle aime Solta et Flous et elle les aime plus fort que moi et que Siayada Wataniyya. Elle aurait bien vendu son âme pour Solta, mais elle l’avait déjà bradée contre un paquet de Chocotom. Je me méfie des prêcheurs. De quoi vivrait l’Église, si ce n'est du péché de ses fidèles ? Nahdha pourrait vendre des chats à une souris parce qu’au bout du compte, le ras el mel est Jabène. Bref, elle, c’est Nahdha, et c’est une grosse cochonne hypocrite, une meurtrière qui pleure ses victimes, et moi, je reprends ma poule qui se débat comme yajouz dans le cellophane et je me casse. Maktoub.

Cette semaine, Karboul fait un sans faute, mais il est vrai que nous ne sommes que mardi. Mardi, j’enchaine. Je la sens bien cette journée. Je vole une voiture devant zazzar el 7ouma et je passe chercher Jomhouri au Lac. Jomhouri n’est pas franchement canon, mais bent 3ayla wou zid 3la niyyetha. Elle me parle de son papa, Si Amil Tounsi, un héros de la classe ouvrière. Elle me parle de sa maman, Mme Démocratie Progressiste, une bourgeoise bien engagée ; en somme, des gens bien comme il faut. On monte en voiture, elle veut m’emmener à  Carthage. Elle me dit de prendre à droite, je tourne à droite, elle crie :  “non ! J’ai dit à droite pas à gauche”, je prends à gauche. Elle hurle : “non à gauche !” Et on fonce tout droit dans le mur du hiwar el watani. La voiture est défoncée. J’ai compris, Jomhouri est gauche, mais aussi maladroite. C’est une autodestructrice, elle est prête à cuisiner les tartes qu’on lui balance à la tranche. Elle a perdu la boussole, ses instincts suicidaires voulaient nous faire prendre un mortel détour pour Carthage : celui qui passe par Montplaisir. Ezzanga hedhi ma t3addich, un coup à gauche, un coup à droite, même pas au centre. Au fond, elle est nulle part. Elle a peur comme le lapin crétin ébloui par les phares d’une voiture sur l’autoroute. Il y a des moments où il est bon d'écouter sa peur et d'autres où il est plus sage de faire comme si elle n'existait pas.  Je ne suis pas convaincu que la façon la plus rapide de mettre fin à une guerre est celle de la perdre. Je lui balance l’éternel “restons bons amis”. Elle, elle prend le dernier bus pour nulle part. Moi, je m’écroule sur le trottoir, qui lui, a la courtoisie de m'accueillir et j’attends la dépanneuse. C’est là qu’elle débarque. Maktoub.

Elle freine son bolide aérodynamique flambant neuf métallisé toutes options devant moi. Elle descend, la scène est au ralenti : talons aiguilles, jambes interminables, tailleur carré, montre de luxe, cheveux symétriques. Elle me tend la main et me ramasse avec ses lèvres : je suis Afek, dit-elle. Elle, elle me dit tout de suite qu’elle sait ce qu’elle veut dans la vie :  Moi. Moi, moi je palpite et la sueur s’évapore sur le goudron. Elle organise ma vie sur son Ipad air gold edition et me promet tout. On va investir dans l’immobilier : un S+17 sans prétention à la Kasbah et une maison de vacances pieds dans l’eau à Carthage. On aura une vie sexuelle productive qui générera deux gosses parfaitement rentables. On privatisera nos week-ends pour optimiser notre courbe de rendement. On spéculera sur l’amour jusqu’à la fin du quinquennat et elle allégera mes impôts avec un placement SICAV sur nos poubelles. Moi, moi je m’enflamme tel un Bouazizi, et je me dis que c’est la femme de ma vie. Physique de star et mentalité libertaire, autonome et passionnée. Alors soudain je m’interroge : pourquoi ne pas emménager ensemble Afek et moi ? Je lui dis “je t’aime Afek”, elle me répond  “je t’aime Wall”.  Wall ? Wall ! Qui ça, Wall ? J’ai compris, elle aime toujours son ex, ce connard de Wall Street. Moi, ce sardouk rapace, je n’ai jamais accepté ses idées. Lui, il raconte que le meilleur moyen de se débarrasser de la pauvreté, c’est de se débarrasser des pauvres. Mon cœur est brisé à 18,9 % net de taxes. D’un commun accord au bénéfice mutuel, on décide de devenir l’un pour l’autre, ce qu’un homme et un parti politique savent faire le mieux : un plan sex régulier. Je ramasse ma poule cellophanée et je me casse. Maktoub.

Mercredi, je déjeune avec la vielle Nidaa à place Mohamed Ali. Elle, m’avoue tout de suite qu’elle n’est pas parfaite, mais si on convole, elle promet de me protéger contre cette grosse cochonne de Nahdha. Un œil rouge et l’autre mauve, elle ne me parle que de son grand-père Si Lahbib. Quelque chose ne marche pas entre nous. Nous sommes en 2014 et elle ne me promet rien de mieux que 1956. Elle me raconte des histoires sur l’avenir, alors que son avenir se conjugue au passé depuis 1987. J’ai essayé de l’aimer, mais le cœur a ses raisons que le viagra ne connaît point. C’est peut-être à cause de ce surnom affectueux qu’elle me donne et qui me refroidit. Gentillette, elle m’appelle  “Utile”, mais au fond, je sais que son seul grand amour c’est De5iliya. Bref, malgré son âge, Nidaa sait courir. Elle court derrière Bouguiba, mais elle ne rattrape que Ben Ali. Je me casse. Après tout, ma hiya illa Nidaa.

Non, vraiment, ça se présente mal. Du coup, je tente ma chance aux petites annonces du journal Al Badil. Allô, c’est Jabha ? Oui, c’est moi. Elle, c’est Jabha. Cette fille, c’est une vraie  tornade, fraîche comme le vent, forte comme un karkadann, orpheline de ses deux pères et cent pour cent patriote. Elle m’emmène au JFK, un bar infesté d’aspirants hippies. Chacun d’eux cumule plus d’échecs personnels que le club africain depuis 1920. On se saoule jusqu’au petit matin, même la poule cellophanée chante l’internationale au karaoké. C’est à ce moment-là, qu’elle me parle de sa meilleure amie Justice ben Sociale, son idéalisme m’emballe, avec son charme fiscal, nous n’aurons plus que l'impôt sur les os. On se dit “je t’aime” en tunisien et en égyptien, en irakien et en russe. Au corps à corps, elle s’emballe vite, et au moment de conclure, malédiction! Je découvre Joseph Staline tatoué sur sa fesse gauche et Saddam Hussein sur la droite. Mon désir de Jabha s’éteint comme un éclair entre deux enfers. En réalité, Jabha est schizo. Et les schizos finissent toujours par imploser. Je me casse. Maktoub.

Jeudi, j’accepte de prendre un café à l’étoile du Nord avec Massar. Massar, elle est parfaite : gentille mais pas conne, classe mais sans frime, intello mais pas mécanique. Massar, elle aime tout le monde : les chiens errants comme les chats domestiques, les vieux cons comme les jeunes chieurs, les femmes qui aiment les hommes comme les hommes qui aiment les femmes et les hommes qui aiment les hommes qui aiment les femmes qui aiment les hommes. Bref, Massar, c’est le choix de la raison. C’est une fille qui ne risque pas de te trahir, une fille que tu peux présenter à ta mère. Nous décidons de nous revoir le soir histoire de mieux nous connaître. Je recoiffe la poule dans le colophane et je me dis que c’est la soirée décisive. Désenchantement ! Massar passe la soirée à parler de Nahdha ! ”Nahdha est une grosse cochonne, Nahdha c’est le diable, Nadha ceci, Nahdha cela”. Elle veut à tout prix me convaincre que Nahdha est une grosse cochonne. A force de parler de Nahdha, Nahdha était — au final — bien plus présente que Massar ce soir-là. Massar, elle est tellement parfaite qu’elle sait tout mieux que tout le monde. Et moi, je ne suis pas parfait. Je suis un connard cynique et entre nous, ça ne marchera jamais. Massar est tellement juste qu’elle devient coupable…et les obsessionnels me stressent. Bref, si Massar arrivait au pouvoir, elle mettrait toutes les autres Massar en taule. Je reprends ma poule cellophanée et je me casse, moi, le misérable. Maktoub.

Vendredi, j’optimise et je mise sur un double casting. J’ai rendez-vous avec les sœurs divorcées au club des cœurs brisés tout près du café ménopause. Les sœurs Dimoqraty: Tahalof la blonde un peu conne et Tayyar, la brune à moustaches. Bref, on n’a rien à se dire, je leur conseille de recoller les pièces avec leurs ex-maris, partant du principe, qu’en politique, il vaut mieux mourir avec un idiot que crever seul. Maktoub.

C’est là qu’elle débarque sans prévenir de Paris-Son-Refuge pour Carthage-Son-Palais. Elle, c’est une militante, une vraie. Elle, c’est Mou2tamar, “mais tu peux m’appeler CPR comme mes amis”, dit-elle. Belle comme une porte de prison, elle me raconte qu’elle est la plus honnête des politiques et que tout le monde est jaloux d’elle, surtout cette counasse de I3lem el 3ar. Elle me promet vengeance et plaisir. Elle est convaincue que la communauté des haines fait presque toujours le fond des amitiés. Si on convole, elle arrangera mes affaires dans une équation parfaite. Chaque chose à sa place, les bouteilles de Koudia parfaitement alignées dans la bibliothèque de l’amour, un cachet d’antidépresseurs sous chaque oreiller, un rail de coke long comme la liste des violations des droits humains à Redeyf. En somme, la vie rêvée des dingues. L’exercice du pouvoir a transformé cette abrutie moyenne en débile de compétition. Elle ne me regarde jamais dans les yeux. Elle a tellement milité qu’elle est devenue une vraie moujahda…moujahda mta3 nikah. D’ailleurs, depuis 3 ans, elle s’est faite nikaher par Nahdha et tous ses complices, elle a même partouzé au palais avec le trio Qatari, Ansar et Lijène. Bref, Mou2tamar est une vraie salope, pas étonnant qu’elle soit la meilleure amie de Nahdha. C’est plus simple ainsi, car l’amour tue toujours et la haine ne meurt jamais. Je t’aime, je t’aime, je t’aime, elle supplie.  Non, non n’insiste pas, Homsok Woufé ! Maktoub.

Samedi, lassé des femmes, je décide de retourner ma veste. Je vais rejoindre le peloton des pédales politiques. Le troupeau des hommes qui aiment les hommes qui n’aiment pas les femmes. Oui, je vais devenir politiquement homosexuel. Minuit trente-deux, Bar Ettaous, derrière le ministère de l’intérieur, juste en face des rails du métro, j’ai rendez-vous avec lui, la plus grande bitch’z du monde libre : Takattol. Accoudé au bar, Takattol, est gros, mou, dégoulinant de merde parce qu’il ne fait que se chier dessus depuis 3 ans. Takattol ne se sépare jamais de son fils Doustour, un nain difforme qu’il a eu suite à une partouze sauvage avec Nahdha et Mo2tamar. Remarque, Takattol ne porte plus de pantalon, il s’explique : “ça va plus vite comme ça je n’ai plus besoin de le baisser quand Nahdha, Ansar, Lijène et Mou2tamar ont une soudaine envie de tirer leur coup”. J’avais tout faux, Takattol, n’est pas homo — les homos politiques ont le sens de la famille — lui, c’est une grosse salope mythomane. Le mythomane ne craint pas ses propres mensonges et ses trahisons parce qu'il pense  qu’il n'a rien à craindre de la vérité. Bref, Takattol est finalement comme le cheval de Churchill, il est dangereux devant, dangereux derrière et inconfortable au milieu. Je me casse. Maktoub.

Dimanche, je suis seul avec la poule cellophanée et la guerre. Le pays des larmes est tellement mystérieux. Il n’a rien à offrir que du sang, du feu, des larmes et de la sueur. Cette guerre est presque belle, c’est la respiration des Hommes. Sur ce champs de bataille, je n’ai pas de conseils à te donner, la plaine est en feu et chaque touffe d'herbe cache un ennemi. Comme toi, je finirai par m’engager avec la moins chiantes de ces tigresses en papier, et quoi qu’il arrive, dans cinq ans on aura divorcé. Dans l’isoloir, face à l’urne, on ne tire pas pour tuer, on tire pour ne pas être tué. Dans l’isoloir, face à l’urne, on ne tire pas afin de mourir pour la Tunisie, on tire pour que le salopard d’en face crève pour le Qatar. Ainsi va la guerre et il n’y a pas de destin sans haine. Nous voterons dans l’isoloir, nous voterons dans les champs et dans les rues, nous voterons sous les mines et au-dessus des montagnes, nous voterons pour Chokri, nous voterons pour El Haj Brahmi, nous voterons pour Socrate et la légion des 300 qui marchent encore avec nous. Si nous ne le faisons pas pour nous, nous le ferons pour eux. Nous prendrons les urnes, sur mer, sur terre et dans les airs jusqu’à l’aube, car l'aube viendra et se lèvera pour mettre fin à la saison des larmes.

Une femme sublime n’a finalement rien de réel. Des fois, je suis nostalgique, je prends mon téléphone et je relis les SMS de mon-ex, je caresse tendrement son numéro et je me dit que je devrais peut-être la rappeler pour un dernier tour. C’est une mythomane du beau, elle ne tient compte ni du passé, ni de l’avenir, c’est notre invention pour évacuer le quotidien. Elle s’appelle Thawra, l’art du possible.

mardi 1 juillet 2014

Tunisie : décryptage des images politiques de la semaine #2



"La mémoire ne stocke que les mots, les airs et les images, pas leur lien avec le présent."

Les pas perdus — Gilles Jacob 




IMAGE 1 : MC Nejib et DJ Chebbi





Date  : 24 juin 2014
Lieu : Congrès du Parti Ouvrier Tunisien (POT anciennement POCT)

Aller, disons les choses comme elles sont : Nejib Chebbi, le big boss du parti Al Jomhouri (ex-PDP), n'est pas un bon communicateur politique. Ses discours et ses interventions médiatiques sont souvent monotones et ennuyeuses. Pourquoi ? D'abord, il utilise exclusivement l'arabe littéraire alors que si on veut être compris par un peuple, il faut commencer par lui parler dans la langue qu'il comprend : edderja. 

Puis, son débit (c'est-à-dire le nombre de mot prononcés par minute) est lent. Un bon débit se situe vers les 140 -150 mots/minute. Chebbi est souvent dans les 100-120 mots/minutes. Ce qui a pour effet de lasser l'auditeur. Plusieurs autres défauts de communication mais nous y reviendrons dans les prochaines chroniques.

Cette semaine, Chebbi semble ajuster sa communication sur le discours. Et le résultat est réellement intéressant. Pourquoi ?
D'abord, il utilise edderja. Mais ça ne s'arrête pas là : il utilise un soundbites, c'est-à-dire un expression courte et accrocheuse "Ma innajmch ninsa" qu'il répète dans des moments précis pour créer un un rythme. Si bien, que son discours devient presque du Rap. 
Je me suis amusé à monter le discours de Chebbi sur le rap de Still Dre de Dr. Dre pour illustrer la rythmicité du discours. Enjoy, la musique démarre à la seconde 0:20.



IMAGE 2 : Indiana Essebsi : le bon coup de com. de Nidaa

source photo : Tunisie Numérique


Lieu : Nouakchott
Date  : 21 juin 2014

C'est un bon coup de com. politique pour Nidaa cette semaine. Cette photo porte un message électoral précis. Aller, voilà les dessous de l'affaire :
Selon les dernières études qualitatives, les citoyens tunisiens veulent que le prochain président soit :
Intelligent, fort, rassurant, intègre et — tenez-vous bien — il ne doit pas mêler pas sa famille et affaires d'Etat. Nous appellerons ça "le syndrome Trablesi". En sommes, un HOMME D'ACTION.

Et justement, cette photo communiqué à la presse montre BCE en homme d'action pour plusieurs raisons:

  • D'abord, la composition  : sur la photo ainsi cadrée BCE semble être le sujet central, donc le plus important  dans la composition. Il est également le sujet le plus en avant. Symboliquement c'est le meneur qui est suivi par ses troupes.


  • Ensuite, le look : on ne manquera pas de remarquer que BCE est habillé en casquette et en gilet. Un code  vestimentaire habituellement réservé aux hommes de terrain et d'action : humanitaires, reporters de guerre, chasseurs.
  • Enfin, le contexte :  La Mauritanie n'est pas la Suisse. C'est un pays dangereux qui est classé par les chancelleries occidentales comme l'un des pays à risque comme le Mali et le Nigeria. Le fait que BCE y supervise les élections lui donne une double légitimité : celle d'un homme d'Etat et celle d'un homme qui n'a pas peur du terrorisme pseudo-djihadiste tellement craint et répugné par une grande partie de l'électoral Nidaa Tounes à mon sens. 


IMAGE 3 : Marzouki hors-champ : la réponse du berger à la bergère

source : Masr al yawm


Date  : 26/ 27 juin 2014
Lieu  : Sommet africain de Malabo

Cette photo nous révèle la délégation égyptienne menée par le président A.F Sissi, filant comme un train. Rien de particulier jusque-là. Mais ce qui nous intéresse ici c'est ce qui se trouve hors-champ. Et c'est justement, notre président provisoire Marzouki le magnifique qui vient de se prendre un vent. Sissi fait mine d'ignorer Marzouki qui se trouvait sur sa trajectoire pour lui signifier son dédain. Pourquoi Sissi en veut-il donc à Marzouki ?
La réponse à ce mystère nous renvoi 24h plus tôt dans la salle de conférence de Sipopo, où se tenait la cérémonie d’ouverture du 23e Sommet des chefs d’États et de gouvernements de l’Union Africaine. 
Alors le président égyptien Abdelfattah Sissi donnait son discours Marzouki, le magnifique s'est fait remarquer en feuilletant des papiers durant tout le discours. Les caméra de télévision, ne l'a pas loupé et la diplomatie égyptienne non plus.


Marzouki durant le discours de Sissi








IMAGE 4 : Socrate, par delà les slogans 





source photo : Business News
Lieu : el Kef
Date  : 24 juin 2014

La quatrième image politique de la semaine est sans doute celle-ci. Elle nous révèle le monument à la mémoire de Socrate Cherni (lieutenant de la Garde nationale, tué par des terroristes à Sidi Ali Benaoun) vandalisé par des sympathisants de l'organisation terroriste Al Qaida et de Da3ech (l’État islamique en Irak et au Levant).

Si les slogans semblent être le point d'ancrage les plus relevé par les observateurs, il y a un autre point bien plus important à relevé : le drapeau tunisien noirci par la peinture. Ici, en couvrant de noir le premier symbole de la République,  les vandales ont voulu signifié  leur négation de la Tunisie en tant qu'Etat-nation, et en tant que civilisation unique pour marquer leur allégeance à une forme d'organisation trans-territoriale.


dimanche 15 juin 2014

Tunisie : Tout ce qu'il faut savoir sur les photos politiques de la semaine #1

"Qu'elle soit ou non manipulatrice ici ou là - nul ne niera le pouvoir envoûtant de l'image qui nous envahit" 
 François Dagonnet


C'est parti ! A partir de cette semaine, j'attaque une nouvelle chronique hebdomadaire sur Read Write World.  Je vais passer au décodeur les images les plus curieuses et les plus importantes de notre cirque politique national.

Cette semaine, deux images ont provoqué ma curiosité. Les deux nous montrer des leaders politiques dit "démocrates" en compagnie de leaders politiques d'ennahdha. 




Photo 1 :



Les faits : 

Cette photo nous montre Ahmed Néjib Chebbi — le président du bureau politique du parti Al Joumhouri —  aux USA durant le séminaire  Pour une démocratie  pendant les temps de crise (10-14 juin 2014)

Sur la droite de Néjib, nous retrouvons Ali Laarayedh  (ancien chef du gouvernementà et Sahbi Atig (porte parole du bloc parlementaire Ennahdha à l'assemblée) qui participaient également à ce séminaire.

Lecture technique : 

Point de vue : Cette photo est prise en contre-plongée (c'est-à-dire que l'appareil photo suivait une direction du bas vers le haut). Ce type de point de vue valorise le sujet en lui donnant une position de domination : les trois personnages nous regardent de haut, cela a pour effet de nous écraser en tant que spectateurs.




Composition : Au premier plan, nous voyons les 3 sujets épaule contre épaule. Cette posture est privilégié lorsque nous voulons montrer que les gens sont d'accord, qu'ils font partie d'une même équipe comme pour une équipe de foot par exemple.




Par ailleurs, Ali Laarayedh est en position centrale. C'est toujours le sujet le plus important que nous mettons au centre en photo comme en peinture.  Pour l'exemple, souvenez-vous de la Cène de Milan, le maginfique tableau de Leonardo Da Vinci représentant Jesus et ses apôtres à table. Jesus, le personnage le plus important est au centre bien entendu.








Interprétation : 

A mon sens, c'est une erreur de communication flagrante de la part de Néjib Chebbi pour les deux raisons suivante.

Awwalan : Tant qu'à être sur une photo avec des adversaires politiques, autant se mettre en position centrale et un demi pas en avant afin d'être l'axe visuel et symbolique principal et de paraître plus grand et plus important que les autres. C'est — sans conteste —Ali Laarayedh qui domine cette image politique.

Aussi, Néjib Chebbi est trop en bord cadre, ça donne un sentiment d'exclusion, de sortie imminente. Généralement, il faut laisser en bord cadre au moins la moitié de la largeur de taille du sujet de la photo pour éviter cette effet d'exclusion.

Thaniyan : Il n'est pas apprécié par une partie de l'opinion publique (et donc d'une partie de l’électorat dit progressiste) de voir un leader "progressiste" en connivence avec les leaders d'Ennahdha. Bien que cette réaction est — à mon sens — le plus souvent excessive et participe à la démonologie qui in fine renforce Ennahdha, Sahbi Atig et Ali Laarayedh ne sont pas n'importe quels leaders.

Le premier s'est distingué dans la mémoire collective des citoyens par ses appels au meurtre contre les manifestants qui contesteraient l'autorité de son parti  : 

 «Toute personne qui piétine la légitimité, en Tunisie, sera piétinée par cette légitimité. Pour ceux qui oseront tuer la volonté du peuple, aussi bien en Tunisie qu'en Egypte, la rue tunisienne sera autorisée à en faire autant, y compris d'en faire couler le sang (''youstabahou'')» 
Sahbi Atig, Avenue Bourguiba, 14 juillet 2013


Quant à Ali Laarayedh, il demeure le symbole de l’échec et de la connivence du gouvernement avec les terroristes d'Ansar Al Chariaa et autres wanna be Ben Laden.

Cette photo est encore une triste erreur de communication politique pour Néjib Chebbi, d'ailleurs, les réactions de nombreux citoyens dont quelques leaders d'opinion n'ont pas raté l'opposant historique. Après les déclarations maladroites de Néjib Chebbi dans Liman Yajro Faqat (Samir el Wafi, Ettounisya) et dans Ness Nessma (Meriem Belkadhi, Nessma TV), certains observateurs interprètent ces différents signe comme un adoubement de Chebbi par Ennahdha. Ils voient en lui le candidat i5wanistes.




Bien que le doute est toujours salutaire et dans le cas présent raisonnable, il me semble suicidaire pour un candidat de l'opposition de se présenter en assumant le bilan catastrophique d'Ennahda. 

Néjib Chebbi aurait certainement mieux fait de se faire prendre en photo avec Philip Gordon, le coordinateur des USA pour le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et la région du Golfe. Cela aurait aurait l'aurait montré comme un homme d’État qui possède une assise et des soutiens internationaux. Au lieu de ça...





Photo 2 :




Les faits :

Sur cette photo, —prise le 14 juin à l'hôtel Movenpick de Gammarth — nous voyons Béji Caid Essebsi — président du parti centriste Nidaa Tounes — et Rached Ghannouchi (Fethi Khriji de son vrai nom) — président du parti al i5wani en Tunisie,  durant la réception donnée par La Chambre de commerce américaine.



Lecture technique et interprétation : 

Composition :  

Au premier plan, nous distinguons Rached Ghannouchi (RG) face à Beji Caid Essebsi (BCE.)  
La symbolique de la composition en face à face est le plus souvent utilisée pour illustrer l'adversité entre les deux sujets. Exemples dans les affiches suivantes :





Par ailleurs, RG parait bien plus imposant et grand que BCE. Cela s'explique par deux choses. D'abord, la nature : RG mesure au moins 5 centimètres de plus que BCE. Ensuite, la prise photo : l'axe choisi par le photographe met en valeur RG puisque celui-ci est plus proche de l'objectif de l'appareil que BCE, ce qui l'agrandit et lui donner une posture dominante.

BCE a le buste avancé vers RG qui lui a le buste reculé. BCE semble ainsi être en demande et RG dans la posture du juge.

Nous remarquons également que RG affiche un sourire vrai, non forcé (les muscles orbiculaires autour des yeux sont activés), alors que BCE semblent hagard, le regard un peu perdu dans le vide.
Cependant, le regard de RG est porté sur BCE, ce qui lui redonne l'avantage puisqu'il est le centre d'attention de son adversaire.



Cette photo a également mis en défaut RG cette semaine. Il avait prétexté des menaces de mort pour expliquer son absence à un dîner prévu  organisé pour lui à Jendouba, où il devait rencontrer des hommes d'affaires et des agriculteurs de la région selon Taoufik Zaïri, le secrétaire général du bureau d'Ennahdha à Jendouba, dans une déclaration accordée à Mosaïque Fm, le 14 juin. Mais voilà, Rached tla3 yekdheb, et il a préféré passé la soirée à déguster des petits fours américains.

Aussi, sur la gauche nous reconnaissons le visage amical du garde du corps de RG, qui s'est illustré l'année dernière pour avoir défoncé la mâchoire d'un policier qui avait arrêté son frère pour vente d'alcool au marché noir.

Au second plan, nous découvrons Said Aidi, ancien ministre (gouvernement BCE), ancien membre d'Afek, ancien membre du Jomhouri (dima fel ancien) et nouveau baby Sebsi à Nidaa qui essaye de poser pour la photo (chacun fait comme il peut :) ).

Derrière les photos :

Le timing des deux photos me semblent extrêmement intéressant. A quelques heures d'intervalle, les deux photos sont le produit d’événements organisés par des instituions de coopération américaines. 
Ne voulant pas construire sur des hypothèses trop fragiles, je n'affirmerai pas que c'est une opération de communication qui remet en selle les leaders Nahdhaouis en les montrant des gens "tout à fait fréquentables politiquement".

PS : Ali Laarayedh me rappelle étrangement Mr Slave pas vous ?



















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